mercredi 28 octobre 2009

Le retour aux souches

Durant la semaine de relâche collégiale, certains ont pu enfin atteindre le niveau 50 avec leur paladin, d'autres ont opté pour un régime houblonné suivit d'une poutine Ashton, puis d'autres, comme moi, retournaient dans leur région ressource avec des petits pots de beurre pour saluer leurs copains et leurs grands-mère.


Retournons en arrière un peu pour nous mettre en contexte



Je traverse donc la Transcanadienne pour me retrouver dans mon patelin, dans ce que je crois être le seul véritable chez-moi possible. Dégelis. Ahhh Dégelis. Les Anciens appellent ça encore Sainte-Rose, ça ajoute au charme. Dégelis c'est ce genre d'endroit paisible où règne le calme, la tranquillité, la discussion sur l'asphalte avec le voisin, les quatre-roues qui se promènent dans les rues, un bar qui est chauffé au bois, la possibilité de commander sa poutine puis de juste revenir la chercher après qu'on ait fait ses commissions, et je n'invente rien, mon village est un bijoux.


Rendu dans la paroisse, dès la première soirée, j'ingère beaucoup de liquides et pourtant je me déshydrate au fur et à mesure que la soirée avance. Je revois beaucoup d'amis que: «Hey ça fait longtemps qu'on s'est pas vu!» Je retourne m'asseoir dans le divan Coors Light du Bar à Jack (la meilleure place en ville...), et je me moque des adolescents qui font exactement la même chose que la dernière fois que je suis descendu: rouler de haut en bas de la rue principale en Civic. Les mêmes qui vont s'accoter pas loin de la piste de danse, du même bar, avec une grosse quille pour « checker les tites-femmes ».


Je revisite la petite ville qu'est Dégelis comme si c'était un bibelot poussiéreux sur lequel on souffle de temps à autre. Ça représente pour moi la trame de fond de toute mon enfance. Ce que je suis je le dois en bonne partie au petit village. Cependant, revenir après être longtemps parti et après m'être bien installé ici, à Québec, me fait franchement drôle, j'y retrouve toujours, la même sérénité qu'avant, car le village a si peu changé.


C'est justement ceci qui m'a fait réfléchir, car je me suis fait dire à plusieurs reprise que moi-même j'avais changé.


Ça m'a éclaté au visage.


Changé pas seulement physiquement.


Comment? Ça ne se peut pas. Moi? Changé?


Eh bien oui.


Je ne m'en étais pas rendu compte, mais maintenant, avec du recul, je peux le confirmer. En retournant dans mon village, en constatant que j'avais des réactions totalement différentes de celles que j'avais avant le collège, c'est l'évidence même que j'ai changé.


Je reste toujours moi-même, seulement, j'ai vieilli, je me suis développé, je m'intéresse à autre chose qu'avant, mais je ne suis pas quelqu'un d'autre subitement. C'est fondamentalement une sensation de progression qui m'habite.


Bin oui, maintenant je vais au théâtre, j'écoute autre chose que Iron Maiden, je parle de Nietzsche ou de Fernand Dumont, est-ce mauvais? Aucunement. Alors, pourquoi est-ce que je me suis fait reprocher ces centres d'intérêts à la figure avec dégoût? Est-ce moi qui est dans l'erreur? Aurais-je renié ce que j'étais? Au contraire, est-ce qu'au fond, ça n'aurait pas toujours fait partie de moi? Suis-je corrompu? Suis-je en train de devenir une tapette? Est-ce que j'ébranle mes copains du secondaire? Est-ce normal que je sois jugé étrange parce que je lis, j'essaie de réfléchir et que j'en parle? Pourquoi est-ce qu'il y a une tonne de gens que ça intéresse, mais qu'ils n'osent pas en parler? Pourquoi est-ce que le meilleur élève de la classe doit cacher ses résultats? Devrait-on se questionner? Devrait-on agir? Ensemble?



Ah pis de toute façon, oublions ça, c'est Occupation Double.



2 commentaires:

  1. Je ressens ça également lorsque je retourne sur la côte-nord. Mais je perçois ça aussi de ceux qui ont également migré vers la capitale.. On a même un échantillon récent montrant que cela ce produit encore...

    Je ne crois pas qu'on change.
    Seulement qu'on finit par définir qui on est.


    Qui a été éliminé cette semaine au fait ?

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  2. J'espère que t'as pas renié Maiden complètement, au moins.

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